Kurt Hoffman
INTERVIEW D'UN CHAUD LAPIN QUI AIME DESSINER
Alors qu’en France, on se dispute sans fin pour savoir s’il faut chanter dans la langue de Molière ou celle de Madonna, Les Chauds Lapins ont trouvé l’équilibre parfait en se faisant une spécialité de réinterpréter de charmantes chansons françaises des années 20 ou 30 avec une touche d’accent de Brooklyn.
Kurt Hoffman, co-fondateur, co-chanteur et co-ukuléliste du groupe, dessinateur à ses heures, a eu la gentillesse de répondre généreusement à nos questions et de nous offrir une illustration inédite, « Les Chauds Lapins au début de l’automne ».
Bonjour Kurt, de quel(s) instrument(s) joues-tu ?
Kurt Hoffman :
En ce moment, je joue surtout de mon banjo-ukulélé, un instrument fait par Epiphone (« House of Stathopoulos ») dans les années 20. Mais comme tous les joueurs d'ukulélé, j'ai plusieurs ukulélés. J'ai un ukulélé hawaiien en koa, sans marque, que j'adore, mais généralement, je trouve le son des banjo-ukes plus complexe et beau, teinté d’ambre. Je préfère un style plus léger que celui de George Formby, à qui tout le monde associe l'instrument, tristement.
Avec mon amie Meg Reichardt, j'ai un groupe qui s'appelle « Les Chauds Lapins ». Meg joue du banjo-uke dans ce groupe, un grand Bruno. C'est vraiment un « tango banjo », mais il est accordé comme un ukulélé.
On peut l'écouter dans ce morceau : « Mon Rêve C’était Vous ».
L'année dernière, elle a acheté un ukulélé en koa (un Nunes). Vous pouvez écouter son Nunes et mon Epiphone dans une chanson de Meg qui s'appelle « Cette Nuit-là ».
Mes parents n'avaient pas les moyens d'acheter un piano et on habitait dans un quartier avec beaucoup d'Italiens du sud, donc il y avait beaucoup d'écoles d'accordéon. C’est pourquoi mon premier instrument a été l'accordéon. En tant qu’adulte, je joue principalement du saxophone (ténor et baryton) et de la clarinette. J’ai appris à composer et à faire des arrangements. C’est moi qui écris les arrangements pour Les Chauds Lapins.
J’ai aussi joué et écrit des arrangements pour les groupes They Might Be Giants et le Jon Spencer Blues Explosion. J'ai composé des musiques de films et de la musique pour mes propres projets. Dans les années 80, j’avais un groupe qui s'appelait « The Ordinaires ». On jouait de musique minimaliste, post-moderne et bruyante, mais on a aussi fait une reprise de « Kashmir », de Led Zepellin. Le violoncelliste, Garo Yellin, joue maintenant avec Les Chauds Lapins.
Dans la vidéo, c'est moi qu’on voit peindre le tableau sur la plage.
Quel est le premier morceau que tu aies appris ?
KH : Quand j'étais petit, mon père avait un ukulélé en plastique sur lequel je jouais « Way Down Upon the Swanee River ». En 2002, devenu adulte, j'ai commencé à apprendre le français. C’est à cette époque que j'ai découvert Charles Trenet et que j'ai acheté un ukulélé. La première chanson j'ai tentée était « Ménilmontant ».
Qu’aimes-tu écouter ?
KH :
J'aime beaucoup de choses : la musique de chambre de Morton Feldman, les quartets à cordes de Beethoven, Ornette Coleman, Duke Ellington, la techno minimaliste…
Je collectionne les disques 78 tours et j'adore les orchestres de danse des années 20. En ce moment, mon préféré c’est Six Jumping Jacks et les autres ensembles de Harry Reser. J’aime aussi les grandes vedettes du Paris des années 20, 30, 40, comme Jean Sablon, Lucienne Boyer, Mistinguett, Trenet, ou des chanteurs moins connus comme Jean Tranchant.
Quel est ton souvenir le plus marquant lié à la musique ?
KH : C'est difficile à dire parce que toute ma vie est liée à la musique. Mais, bon : dans mon ancien appartement du East Village de Manhattan, j'avais une baignoire dans le salon, à côté de mon tourne-disque. Je me souviens avoir pris un bain en écoutant la symphonie numéro 4 de Charles Ives.
Que dessines-tu en ce moment ?
KH : Je suis en train de faire une série de dessins à l’encre en plein air, surtout des arbres.
As-tu des projets musicaux en cours ?
KH :
Les Chauds Lapins viennent d’enregistrer leur deuxième album. Il va sortir en février sur le label Barbès Records, basé à Brooklyn. Peifu Chen, un metteur en scène de clips chinois, est en train de réaliser une vidéo de notre version de « Presque Oui ». Et comme Meg et moi avons besoin de trouver plus de chansons à apprendre, on a commencé à travailler une chanson de Jean Tranchant que j'adore, « Au Rendez-Vous ».
Sinon, tous les ans, Meg organise chez elle une fête d'hiver où chaque invité écrit une chanson et l'enregistre pendant la fête avec les autres musiciens.
Il faut donc que j'écrive bientôt une chanson de Noël.
Voici les enregistrements de la dernière fête !
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