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petit uke illustré

Joann Sfar

DESSIN, MUSIQUE, CINÉMA, MOUSTACHE, INTERVIEW

Même si ces jours-ci, c’est plutôt le chat de Joann Sfar qui est sous les feux des projecteurs, grâce au long métrage « Le chat du Rabbin » sorti dans les salles le 1er juin dernier, c’est à propos de musique et de moustache que nous avons interrogé l’auteur qui a tant contribué à rendre le ukulélé populaire par ses bandes dessinées. Car Joann Sfar, co-commissaire de l’exposition que la Cité de la Musique consacre à Georges Brassens (visible jusqu'au 21 aout 2011), a également eu la bonne idée d’organiser un Championnat du Monde des Brassens.

Un Championnat du Monde des Brassens ?
Qu’est-ce que c’est que ce truc, allez-vous demander.
Voici l’intitulé du concours :

Joann Sfar présente le Championnat du monde des Brassens, organisé par la Cité de la musique en partenariat avec Dailymotion.

Ne chantez plus Brassens seulement sous la douche !
Participez vous aussi à l'exposition en envoyant votre vidéo de reprise de Brassens. Attention, le port de la moustache est OBLIGATOIRE.
Chaque mois, les 10 vidéos les plus plébiscitées seront diffusées au Musée de la Musique dans le cadre de l'exposition.

Ce concours se déroulera du 25/02/2011 à partir de 12h00 au 22/07/2011 minuit inclus (date et heure françaises de connexion faisant foi)

Pour l’instant, il y a peu de reprises au ukulélé.
En voici une, ou une autre… Alors à vos moustaches, à vos instruments, venez enrichir la collec’ de chansons de Brassens à la Cité de la Musique !

Joann Sfar - Ukulele Boudoir
Au festival du cinéma de Valence (Espagne) le 19 juin 2010

Ukulélé Boudoir : Bonjour Joann, tu en as souvent parlé dans tes livres, tu es un grand amateur de ukulélé. Tu as commencé il y a longtemps ? Est-ce que tu en joues encore, aujourd’hui ?

Joann Sfar : Hello ! C'est amusant que tu en parles, parce que je crois que ça va faire douze ans que j'ai acheté mon premier ukulélé. Je suis né dans une famille de musiciens, mère chanteuse, père pianiste de jazz et grand-mère paternelle qui jouait du Carlos Gardel sur son piano. Tout ça et plein d'autres choses ont créé des inhibitions chez moi, et avant le ukulélé, je n'ai jamais osé acheter un instrument de musique. Je me disais que la musique, ça n'était pas pour moi. Non. Ça ne s'est pas passé comme ça. J'ai d'abord acheté un harmonica. J'étais très heureux avec mon harmonica. Et puis j'ai cherché l'instrument le plus simple possible pour faire du rythme autour de l'harmonica. je pensais à un banjo 4 cordes et François Charle et son épouse m'ont conseillé d'essayer le ukulélé. Ça a été le début d'une passion un peu envahissante que j'ai fait subir à mon entourage et à mes lecteurs pendant un certain nombre d'années. Et grâce au ukulélé j'ai pu facilement m'initier à la mandoline, à la guitare, et un petit peu au violon. Le ukuléle est le seul instrument dont je joue encore régulièrement aujourd'hui. Je crois que j'en joue à peu près correctement mais je ne progresse pas du tout. J'en suis toujours à chanter des chansons en lisant les textes imprimés au dessus desquels figurent les accords. Je n'ai jamais acquis au ukulélé la versatilité ou la liberté que je trouve avec un harmonica, ou même avec une guitare. Je n'arrive pas à expliquer pourquoi. Quand on me met un ukuléle en mains je finis toujours par chanter les trois mêmes chansons de Hank Williams et Jimmie Rodgers, et immanquablement je fredonne le Taxidermiste de Tony Truant. J'ai l'air de faire le malin mais je suis assez triste de ça, de ne pas être parvenu à trouver dans cet instrument un chemin aussi lumineux que celui du dessin. Voilà. Après dix ans de ukulélé, je parviens à chanter et à accompagner toutes sortes d'airs. Je parviens à mémoriser tous les accords les plus courants et je peux improviser des choses. Mais il me semble que je ne fais rien de riche, ou d'enthousiasmant avec mon ukulélé. À part dépenser beaucoup d'argent. Je viens de m'acheter un Risa électrique, copie de guitare Les Paul noir avec quatre micros. Je n'ai pas le temps d'en jouer. Et quand je branche l'ampli, mon chien hurle à la mort. Je déteste le cliché de ces gens très occupés qui laissent leurs instruments sur des stands et disent qu'ils « apprennent » la musique. Je ne veux pas devenir ça. J'ajoute que j'ai dû offrir près d'une centaine de ukulélés pendant les dix années passées et je crois avoir suscité quelques vocations parmi mes lecteurs ou mes copains. Tout ça pour faire le constat que ça me plaît moins que mon harmonica.

Quels sont les autres instruments que tu pratiques ? Tu prends des cours ?

Je joue de plein de choses comme une patate. J'ai fait deux ans de guitare manouche, un an de violon klezmer, deux semaines de banjo bluegrass et six mois de mandoline. Tout ça pour ne savoir faire rien. Un jour j'ai décidé que ça suffisait et que j'allais me mettre sérieusement à la guitare. Et que j'allais apprendre toutes les chansons de Georges Brassens. Parce que j'avais trouvé chez un luthier une guitare Favino. Et deux semaines après que j'ai acquis cet instrument, le film de Gainsbourg s'est mis en route. C'était il y a trois ans et je n'ai pas touché une guitare depuis. Je ne sais pas. Moi, ça me déprime. Ça n'est pas un plaisir, c'est une angoisse, ne pas faire un art intéressant avec ces instruments. Je me sens beauf, banal, nul, avec ma collection d'instruments incroyables sur lesquels je sais juste jouer trois chansons de Johnny Cash. L'idée de pratiquer un art juste « pour se détendre » ça ne me ressemble pas du tout. On aura compris que je prends tout ça beaucoup trop au sérieux, que j'y mets trop de rêve et trop de sérieux pour que ça mène jamais à quoi que ce soit. Je connais plein de gens qui ont vis à vis du dessin ou de l'écriture de scénario la même attitude que moi avec la musique : aucun d'eux n'a jamais fini dessinateur ou scénariste !!!!

Tu as un groupe ? Tu fais des concerts ?

J'ai fait deux concerts avec Mathias Malzieu. Un à la nef d'Angoulème, une nuit de neige. La salle était presque vide et on a chanté une quarantaine de chansons. Et un à la Maroquinerie avec Mathias et mon beau-frère Bratch (guitariste des Bratchmen et des Dum Dum Boys). On a aussi joué une fois avec Bratch dans un bar, il fallait trouver un nom de groupe et on s'est appelés les Drunk Dads. Et une fois je suis venu chanter Man Of Constant Sorrow à l'Olympia en rappel d'un concert des Dionysos. Je me suis senti nul. Et c'était sans doute une observation très lucide.

Tu te souviens du tout premier morceau que tu aies appris ?

Oui. Le Taxidermiste de Tony Truant.

Quelle sont tes morceaux favoris ?

Au ukulélé ? Je peux dire un secret ? je n'en peux plus d'entendre du ukulélé à toutes les sauces. Les moindres jeux télés, les moindres chanteuses putes, tout devient assaisonné au ukulélé. C'est pas du snobisme ni rien, mais ça devient juste insupportable. Même IZ dont je commandais les disques aux USA il y a dix ans, je ne peux plus l'écouter. Il y a un moment, ça devient vraiment un truc de beauf et ça me désole. Je sais qu'il y a un paradoxe à avoir participé aussi activement à la démocratisation de ce petit instrument et à râler qu'on en entende partout, mais ce que je fustige avant tout, c'est la récurrence des mêmes mouvements, des mêmes accords. Au moins, quand il y avait du jazz manouche partout, on arrivait à faire la différence entre chaque guitariste, mais là, à l'exception de quelques vrais originaux, on a l'impression qu'on pourrait faire des sonneries de téléphone avec tous les clichés ukuléléistiques qu'on se mange à longueur de bande FM. Pardon je me suis lâché c'est mal. Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. J'en peux plus des dessinateurs qui font du ukulélé et qui le racontent sur leur blog. Voilà c'est dit. Et mille pardons si je viens de vexer en une phrase trois cent camarades qui m'aimaient bien il y a encore une seconde et à présent me détestent. En ce moment, je n'écoute que du Hank Williams III, c'est le petit fils de Hank Williams, c'est un red neck intransigeant et tatoué et totalement dégénéré qui crie très fort, qui chasse le canard, conduit des 4x4 dans les bois et fait des disques avec Pantera.

Est-ce que tu écoutes de la musique en travaillant ?

Oui. Tout le temps. J'ai un casque BOSE antibruit que m'a fait découvrir Lewis Trondheim. Et ces jours-ci je mets du métal à fond dedans. Mais en géneral, beaucoup de Klezmer, de tarentelles, de choses plus tendres. Je ne sais pas. En ce moment j'aime le métal. Je n'y connais rien mais mon copain Antoine Delesvaux me fait découvrir.

Quel est ton souvenir le plus marquant lié à la musique ?

Les chansons de synagogue quand j'étais gosse. Je crois que ça m'a fait pareil que les chants d'église pour Johnny Cash ! Sauf que moi j'ai pas su en faire des chansons !!!

Tu as conçu et illustré l’exposition que la Cité de la Musique consacre à Georges Brassens. Comment as-tu découvert cette figure de la chanson ?

À l'école. Et à la maison. Quand j'étais gosse il y avait Brassens partout. C'est paradoxal pour un être aussi anti-patriotique que lui, mais quand j'étais petit, je considérais que la France, c'était Brassens.

Et comment as-tu été amené à travailler sur l’expo ?

Pour le film de Gainsbourg, je me suis déguisé en Brassens et il a fallu demander la permission aux ayant-droits, à savoir monsieur et madame Cazzani. Et deux mois plus tard, quand Clémentine Deroudille est venue leur proposer une expo sur Brassens, et qu'il fallait trouver un plasticien pour la coordonner, ils se sont dit « on a qu'à demander au couillon, là » et le couillon c'est moi.

Tu as lancé il y a quelques mois le Championnat du Monde des Brassens avec port de la moustache obligatoire. Peux-tu nous en parler ?

Oui ! On s'est dit depuis le début que notre expo serait réussie si les gens en sortaient en chantant Brassens. Brassens est un songwriter au même titre que Woodie Guthrie, ses chansons sont faites pour voyager de lèvres en lèvres. L'obstacle à leur diffusion, c'est qu'elles sont très intimidantes à chanter, elles semblent simples et en fait c'est très difficile. Donc on a rendu la moustache obligatoire pour dédramatiser le truc, pour que les gens se sentent autorisés à chanter.

As-tu toi-même réalisé une vidéo ?

Oui. Dans le film sur Gainsbourg. Vérifiez, j'ai la moustache et c'est bien moi qui chante.

Y-a-t-il déjà eu des reprises au ukulélé ?

Avec Lewis, on faisait « Une jolie fleur » au ukulélé avec l'accent créole

Et en ce moment, qu’est-ce que tu prépares de nouveau ?

Je ne veux pas lâcher la BD. Alors j'écris mes films en bande dessinée. Ça m'angoisse. Je panique. On verra bien.

As-tu des projets en cours qui ont un rapport avec la musique ?

Olivier Daviaud compose déjà pour mon prochain film. Il y a des tarentelles et de la mandoline.



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